Enseigner le Génocide arménien

Les difficultés de l’enseignement du Génocide arménien, tel est notre thème de cette semaine, avec pour  invitées  Seta Papazian, Présidente du collectif Van (Vigilance arménienne contre le négationnisme) et Sophie Ferhadjian, agrégée d’histoire, qui avait participé aux travaux de Georges Bensoussan sur les territoires perdus de la République il y a 10 ans.

Comme l’a écrit Eve Szeftel, qui anime cette émission, dans une dépêche pour l’AFP: « L’enseignement du génocide arménien demeure un sujet de crispation pour nombre d’élèves d’origine turque, selon des enseignants d’histoire, mais la négation virulente de ce crime de masse a cédé la place à une contestation plus feutrée.

Dans les collèges, les premiers incidents recensés remontent à 2001, quand l’Assemblée nationale a adopté une loi reconnaissant le génocide arménien.

A Clichy-Montfermeil (Seine-Saint-Denis), où réside une importante communauté turque, « un élève était venu voir son prof d’histoire-géo pour avoir confirmation que le génocide n’avait pas eu lieu et que cette reconnaissance était due à la pression du lobby arménien », rapporte Sophie Ferhadjian, agrégée d’histoire.

Ancien membre du Haut conseil à l’intégration, cette arrière-petite-fille de rescapés du premier génocide du XXe siècle a recensé des dizaines d’incidents similaires.

Parfois, comme à Vendôme, dans le Centre, ce sont des parents qui protestent auprès d’un chef d’établissement parce qu’une enseignante a évoqué une « page sombre de l’histoire de la Turquie », sans même employer le terme génocide.

Ailleurs, comme à Lyon ou Nancy plus récemment, c’est « l’unilatéralité des victimes » qui est critiquée, sous l’angle: « les Arméniens ont également massacré des Turcs, ils étaient des traîtres, alliés des Russes », ajoute Mme Ferhadjian.

L’introduction du génocide arménien dans les programmes d’histoire de collège à la rentrée 2012 a également provoqué des remous.

« Au début, il y a eu des tensions dans certaines classes avec des familles qui refusaient que leur enfant assiste au cours quand l’enseignant abordait la thématique », affirme Fabrice Romanet, enseignant et formateur dans l’académie de Lyon.

« C’est moins le cas maintenant car les enseignants sont mieux formés », dit-il, et donc mieux armés pour « déconstruire des opinions imposées le plus souvent dans le cadre familial », avec le renfort des réseaux sociaux.

D’autant que pour traiter cette thématique, les enseignants peuvent désormais s’appuyer sur l’existence d’un nombre croissant d’ouvrages écrits par des historiens turcs et l’ouverture des archives de l’Empire ottoman qui permet de présenter aux élèves des photos ou des documents ayant valeur de preuve.

« Quand le programme de 3e a été mis en application, le rectorat a été inondé de courriers demandant que ce chapitre ne soit pas abordé et que les manuels soient expurgés mais depuis, on n’a plus aucun retour, les choses se sont apaisées », confirme Catherine Vercueil, inspectrice dans l’académie de Lyon.

Mais pour Sophie Ferhadjian, l’absence de « remontées » du terrain ne signifie pas l’absence de problème.

Et de citer les cas des manuels turcs utilisés dans les ELCO (« Enseignements de Langue et de Culture d’Origine » à destination d’élèves désireux d’apprendre la langue de leurs parents) ou de certains manuels français se contentant de parler de « massacres inter-religieux ».

Plus grave à ses yeux: « il semble que les problèmes remontent de moins en moins, et c’est vrai aussi de la Shoah, parce qu’on est passé de la négation pure  « ça n’a pas existé » à une remise en cause plus subtile des faits ».

« Ce qui est remis en cause, c’est le statut même du fait d’histoire », qui devient « une opinion dont on peut discuter », poursuit l’historienne, dressant un parallèle entre ce nouveau négationnisme « soft » et le succès des théories complotistes après les attentats contre Charlie Hebdo.

Pourtant, en Turquie même, la reconnaissance du génocide progresse, comme en témoigne l’enquête récente de la Fondation pour l’innovation politique en partenariat avec la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, réalisée auprès de jeunes de 16 à 29 ans dans 31 pays. Ainsi, 33% des jeunes Turcs interrogés en août 2014 qualifiaient de « génocide » le massacre des Arméniens, contre 82% dans l’Union européenne et 93% en France.

Mais en France, la diaspora turque est « crispée dans un nationalisme primitif » et a tendance à considérer ce combat pour la reconnaissance du génocide arménien comme du racisme anti-turc, estime Séta Papazian, présidente du Collectif Van (Vigilance arménienne contre le négationnisme). »

 

 

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Après la guerre, les restitutions

Cette semaine, nos invités sont Catherine Bernstein et Jean-Marc Dreyfus qui co-signent un documentaire dédié à la manière dont les restitutions ont été menées dans l’après guerre. Un documentaire qui sera diffusé en avant première le dimanche 28 juin 2015 à 16H30 au Mémorial de la Shoah.

Après la guerre les restitutionsÀ la Libération vient le temps de la reconstruction politique, sociale et économique d’une France dévastée. Pour certaines catégories de Français, les Juifs particulièrement, tout est à reconstruire. Les familles ont été décimées, les survivants dépouillés de leurs biens : conséquence de la politique de spoliation mise en place à partir de septembre 1940. Dès 1944, une politique publique de restitution est mise en place avec d’immenses difficultés.

À Lyon, le professeur Émile Terroine, grand chercheur en biologie, socialiste, résistant et humaniste, mène cette politique avec tant de conviction et de fermeté qu’il est nommé à Paris pour diriger le Service National des Restitutions le 30 avril 1945.

Ce documentaire explore la mise en place des mesures de restitutions entre 1944 et le début des années 50, ses enjeux politiques, administratifs et humains. Il raconte, en parallèle, les destins d’objets particuliers, de la grande entreprise jusqu’à la machine à coudre dérobée dans l’atelier d’un tailleur juif. La recherche de ces biens, leur restitution ou dédommagement, livre les histoires d’individus et de familles qui cherchent à refaire leur vie et à retrouver leur place dans la société française.

Documentaire, France, Cocottes Minute Productions, 2015, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Projection

Dimanche 28 juin 2015, 16h30

Mémorial de la Shoah
17 rue Geoffroy-l’Asnier 75004 Paris

Entrée libre sur réservation : 01 42 77 44 72 / c.gillet@cocottesminute.fr

DVD

Commander le DVD en contactant Cocottes Minute Productions :
Tél. 04 72 98 30 09

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Histoire de la mémoire de la Shoah

Notre invité cette semaine est Olivier Lalieu, historien et responsable de l’aménagement des lieux de mémoire et des projets externes du Mémorial de la Shoah et membre de la commission Mémoire et transmission de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, pour la publication d’une Histoire de la Mémoire de la Shoah aux éditions Soteca.

Olivier Lalieu et Jacques Fredj, commémoration dans le Loiret, mai 2015

Olivier Lalieu et Jacques Fredj, commémoration dans le Loiret, mai 2015

La mémoire de la Shoah a une histoire. Elle commence au lendemain de la découverte des camps, en particulier de celui d’Auschwitz, par la mobilisation d’une poignée de militants qui posent les bases d’un récit difficilement audible et compréhensible. Elle s’incarne d’emblée par des commémorations et un engagement dans la société. Mais la mémoire dominante est d’abord celle de la Résistance et des résistants. Pourtant, en trois décennies (1960-1990), la mémoire de la Shoah va s’imposer et devenir universelle.

Elle acquiert une place incontournable dans la culture occidentale et mondiale, bouleversant les représentations et les élites. C’est cette histoire construite par des hommes et des femmes par-delà les générations, avec passions, mais aussi liée à des conjonctures politiques singulières, que ce livre donne à comprendre. Une histoire du temps présent qui interroge aussi l’avenir de la mémoire.

Commander cet ouvrage auprès de la librairie du Mémorial de la Shoah

 

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La jeune fille aux yeux bleus

A l’occasion du salon du livre du Mémorial de la Shoah, qui se tient les 7 et 8 juin, nous recevons Isabelle Choko, qui publie son témoignage dans la collection « Témoignages de la Shoah ». Une collection réalisée par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah en partenariat avec les éditions le Manuscrit et dirigée par Philippe Weyl.

 

Isabelle Choko en 1946

Isabelle Choko en 1946

En avril 1945, Isabelle Choko, alors Izabela Sztrauch, a 16 ans et ne pèse que 25 kilos. Dans l’hôpital de fortune établi par l’armée anglaise après la libération du camp de Bergen-Belsen, on la surnommait « la jeune fille aux yeux bleus ». 

Izabela est née en Pologne dans une famille aimante et généreuse. En 1940, comme tous les Juifs de Lodz, les Sztrauch sont contraints de s’installer dans le ghetto mis en place par les nazis. Izabela n’a que 11 ans.

Enfermés, ils souffrent de la faim et des maladies ; le père d’Izabela y succombera. La jeune fille et sa mère, une femme de tête et de cœur, parviennent à échapper aux rafles jusqu’à la liquidation du ghetto en 1944.

Déportées vers Auschwitz-Birkenau, elles sont transférées au camp de travail forcé de Waldeslust, un camp annexe de Bergen-Belsen où elles seront évacuées cinq mois plus tard. Les conditions épouvantables qui règnent alors à Bergen-Belsen auront raison de la mère d’Izabela. Elle mourra aux côtés de sa fille. L’adolescente trouvera la force de survivre en venant en aide à ses codétenues.

Izabela construira en France une nouvelle vie, forte des valeurs humanistes de ses parents. Fidèle à leurs engagements, elle s’attache à honorer leur mémoire et celle des millions de Juifs exterminés dans la Shoah.

Préface de Maître Bernard Jouanneau

402 pages / 125 illustrations
Prix : 25,90 € – Livre numérique : 7,90 €

Commander le livre auprès de la librairie du Mémorial de la Shoah

Livre disponible au format numérique


Rencontre

Isabelle Choko dédicacera son livre lors du Salon du Livre du Mémorial de la Shoah

Dimanche 7 juin 2015 à 14h30

En savoir plus sur la Collection et consulter le catalogue complet

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