Ma vie dans l’Allemagne d’Hitler

Émission du 11 novembre 2018 avec Jérôme Prieur, réalisateur du film Ma vie dans l’Allemagne d’Hitler, disponible dans un coffret DVD et qui sera diffusé sur Arte début 2019.

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La disparition de Josef Mengele

Emissions du 17 et du 24 décembre, animées par Stéphane Bou : notre invité est Olivier Guez, écrivain,  pour revenir sur les questions posées par son livre, La disparition de Josef Mengele, publié aux éditions Grasset, prix Renaudot.

 

C’est l’histoire d’un homme qui pourrit. Pas n’importe quel homme mais celui qui, opérant le tri à l’arrivée des convois à Auschwitz, sélectionnait les cobayes pour ses expérimentations médicales. Josef Mengele, « l’Ange de la mort » : son nom et son surnom vont devenir légendaires, charriant avec eux l’imaginaire de la pire criminalité nazie. Celle qui découpe, triture et veut s’enfoncer toujours plus loin dans le « matériel humain » pour percer le secret des races. Après la guerre, Mengele rejoint l’Amérique latine, où se retrouvent les plus fidèles d’Hitler qui ont réussi à s’échapper. En Argentine d’abord, puis au Paraguay et au Brésil. C’est là, au sein d’un « Quatrième Reich fantôme » nostalgique et qui rêve de revanche, qu’Olivier Guez – dans La disparition de Josef Mengele, qui vient d’obtenir le prix Renaudot – piste le « détritus de l’Histoire » dont il a fait un personnage de roman ; pour mieux le regarder pourrir comme une vieille pomme vénéneuse.

Pendant quelques années après la guerre, Mengele est comme un pacha qui survit bien grâce à son réseau d’entraide. Mais, alors que sa traque va s’intensifier, comme l’écrit Olivier Guez : « le voilà livré à lui-même, asservi à son existence, aux abois, moderne Caïn errant. Commence la descente aux enfers. Il va ronger son cœur et s’égarer dans la nuit ». Le livre met alors en scène le contraste entre la mythologie, décrite par Olivier Guez comme celle « d’un super vilain aussi insaisissable que Goldfinger, une figure pop du mal, invincible, richissime et rusée » et la réalité d’une déchéance sans commune mesure avec les fantasmes qui ont inspiré  Hollywood (on pense ici aux personnages incarnés par Lawrence Olivier dans Marathon Man, par exemple, ou par Gregory Peck dans Ces garçons qui venaient du Brésil).

Tout au long d’un récit sec et précis, qui fuit la grandiloquence – on est loin des Bienveillantes de Jonathan Littel –, le lecteur est pris par un étrange suspense. Celui qui suit l’agonie misérable d’un criminel monstrueux devenu une épave paranoïaque.

Olivier Guez

Pillages et spoliations des livres et des bibliothèques

Notre invitée cette semaine est Martine Poulain,  conservatrice des bibliothèques, ancienne dirigeante de la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art, à l’occasion de la parution en livre de poche de Livres pillés, lectures surveillées. Les bibliothèques françaises sous l’Occupation aux éditions Folio. Un travail qui avait donné lieu à une publication de la liste des spoliés sur le site du Mémorial de la Shoah, afin de permettre aux personnes concernées ou à leurs familles de récupérer leurs livres ou d’être indemnisés.

Dans la France de 1940 à 1944, une France qui est à la fois celle de l’occupant nazi et celle du régime de Vichy, les livres sont pillés. À la différence des archives des ministères et des musées, peu de bibliothèques publiques sont l’objet du pillage par l’occupant, à l’exception des alsaciennes et des mosellanes, germanisées et propriétés du Reich. Le vol de masse, nazi mais aussi vichyste, frappe en revanche, dès juin 1940, les bibliothèques institutionnelles – juives, slaves, maçonnes – mais aussi privées, celles des premiers ennemis du Reich (les grandes familles juives, les Allemands exilés, les hommes politiques du Front populaire).

Puis le pillage accompagne ordinairement les rafles. Plus de dix millions de livres prennent le chemin de l’Allemagne.

Le régime de Vichy, de son côté, surveille les livres, les bibliothèques et les lecteurs, sous la houlette d’une Bibliothèque nationale devenue le parangon de l’ordre nouveau, instrument de la collaboration d’État aux mains de Bernard Faÿ.

En regard, Martine Poulain esquisse les portraits de quelques grandes figures, notamment Jean Laran, conservateur des Estampes, administrateur de la Bibliothèque nationale lors de l’invasion et de la Libération, et Marcel Bouteron, inspecteur général, deux érudits à l’éthique infaillible, qui surent, face à la brutalité, à la bêtise et à la mesquinerie des temps, prendre le chemin juste et agir dans la droiture.

Docteur en sociologie et conservateur des bibliothèques, Martine Poulain a dirigé la bibliothèque de l’Institut national d’histoire de l’art jusqu’en 2013.

La première édition de ce livre est parue en 2008 dans la collection NRF Essais de Gallimard. Cette édition de poche a fait l’objet d’une actualisation.

Commander cet ouvrage via le site des éditions Gallimard.



- Dans le cadre de ses recherches, Martine Poulain a constitué une base de données regroupant les listes de 2342 personnes et 412 institutions spoliées. Ces dernières ont été mises en ligne sur le site du Mémorial de la Shoah.

Cette base de données a été établie avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Livres spoliés entreposés au dépôt d'Offenbach, USHMM
Livres spoliés entreposés au dépôt d’Offenbach, USHMM

La spoliation des Juifs: une politique d’Etat

Notre invité cette semaine est Tal Bruttmann, historien, auteur de nombreux travaux sur les spoliations, et commissaire scientifique de l’exposition «  La spoliation des juifs : une politique d’Etat, 1940-1944 » qui est présentée au Mémorial de la Shoah à Paris jusqu’au 29 septembre prochain.

Une émission animée par Kristel le Pollotec

Affiche_SpoliationsÀ partir de 1933 dans le Reich, les campagnes de boycott des entreprises appartenant aux Juifs et les expropriations sauvages se multiplient. Cette politique, fondée sur un dispositif légal, se généralise. Elle est bientôt exportée dans les territoires occupés et adoptée par les régimes alliés au Reich, à l’instar de Vichy.

L’État français en intègre dès 1940 les principes dans le cadre de sa politique antisémite. Il promulgue à cet effet un arsenal législatif spécifique visant à « éliminer toute influence juive dans l’économie nationale » (loi du 22 juillet 1941). La spoliation systématique des entreprises et des biens appartenant aux Juifs est ainsi engagée sur l’ensemble du territoire français.

De l’identification des Juifs et de leurs biens jusqu’à l’ « aryanisation » de ces derniers par la vente ou la liquidation, c’est un processus administratif efficace qui est mis en place, impliquant non seulement un nombre important d’administrations de l’État français, mais également de larges pans de la société.

En France, et plus largement en Europe, les spoliations furent un rouage essentiel du processus d’exclusion, qui facilita par la suite la mise en œuvre de la « Solution finale de la Question juive ».

En s’appuyant sur de nombreux documents provenant notamment des fonds des Archives nationales et départementales, l’exposition propose d’expliquer les bases et les rouages de cette politique d’État, en la réinscrivant dans le contexte de l’Europe nazie.

Exposition

Du mercredi 30 janvier au dimanche 29 septembre 2013

Mémorial de la Shoah
17, rue Geoffroy-l’Asnier
75004 Paris

Plusieurs rencontres et projections sont organisées au Mémorial dans le cadre de cette exposition.

A lire, à voir sur le sujet

Spoliations et restitutions des biens juifs, Europe XXème siècle.
Dir. Claire Andrieu, Constantin Goschler, Philipp Ther
Autrement, 2007

« Aryanisation » économique et spoliations en Isère (1940-1944)
Tal Bruttmann
Presses universitaires de Grenoble, 2010

Images d’un pillage, Album de la spoliation des Juifs à Paris (1940-1944)
Sarah Gensburger
Textuel, 2010

Un vol organisé. L’État français et la spoliation des biens juifs, 1940-1944
Martin Jungius
Tallandier, 2012

L’assassinat d’une modiste
Un film de Catherine Bernstein
France, 2005