Voyage en Anatolie

Nos invités cette semaine sont Bernard Mangiante, réalisateur et Clara Vuillermoz, productrice, pour évoquer le film Voyage en Anatolie, diffusé mardi 27 septembre 2016 sur Arte.

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Diffusion – Mar. 27 sept. 2016, 23h40 sur Arte – Un siècle après le génocide, des agences de voyage arméniennes proposent des circuits à la carte aux personnes qui souhaitent fouler la terre de leurs ancêtres en Turquie. S’inspirant de cette réalité nouvelle, Bernard Mangiante a réuni sept voyageurs dans un bus au départ d’Erevan, à destination de l’est anatolien. Commence alors pour Anna, Hakob, Jeanne, Melissa, Stepan, Anush et Raymond un road-movie à travers la Turquie d’aujourd’hui où le passé affleure à chaque pas.

Documentaire, France, 60 min., Les Films du Balibari, 2016

Ce film a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

Diffusion

Mardi 27 septembre 2016, 23h30 sur Arte

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Enseigner le Génocide arménien

Les difficultés de l’enseignement du Génocide arménien, tel est notre thème de cette semaine, avec pour  invitées  Seta Papazian, Présidente du collectif Van (Vigilance arménienne contre le négationnisme) et Sophie Ferhadjian, agrégée d’histoire, qui avait participé aux travaux de Georges Bensoussan sur les territoires perdus de la République il y a 10 ans.

Comme l’a écrit Eve Szeftel, qui anime cette émission, dans une dépêche pour l’AFP: « L’enseignement du génocide arménien demeure un sujet de crispation pour nombre d’élèves d’origine turque, selon des enseignants d’histoire, mais la négation virulente de ce crime de masse a cédé la place à une contestation plus feutrée.

Dans les collèges, les premiers incidents recensés remontent à 2001, quand l’Assemblée nationale a adopté une loi reconnaissant le génocide arménien.

A Clichy-Montfermeil (Seine-Saint-Denis), où réside une importante communauté turque, « un élève était venu voir son prof d’histoire-géo pour avoir confirmation que le génocide n’avait pas eu lieu et que cette reconnaissance était due à la pression du lobby arménien », rapporte Sophie Ferhadjian, agrégée d’histoire.

Ancien membre du Haut conseil à l’intégration, cette arrière-petite-fille de rescapés du premier génocide du XXe siècle a recensé des dizaines d’incidents similaires.

Parfois, comme à Vendôme, dans le Centre, ce sont des parents qui protestent auprès d’un chef d’établissement parce qu’une enseignante a évoqué une « page sombre de l’histoire de la Turquie », sans même employer le terme génocide.

Ailleurs, comme à Lyon ou Nancy plus récemment, c’est « l’unilatéralité des victimes » qui est critiquée, sous l’angle: « les Arméniens ont également massacré des Turcs, ils étaient des traîtres, alliés des Russes », ajoute Mme Ferhadjian.

L’introduction du génocide arménien dans les programmes d’histoire de collège à la rentrée 2012 a également provoqué des remous.

« Au début, il y a eu des tensions dans certaines classes avec des familles qui refusaient que leur enfant assiste au cours quand l’enseignant abordait la thématique », affirme Fabrice Romanet, enseignant et formateur dans l’académie de Lyon.

« C’est moins le cas maintenant car les enseignants sont mieux formés », dit-il, et donc mieux armés pour « déconstruire des opinions imposées le plus souvent dans le cadre familial », avec le renfort des réseaux sociaux.

D’autant que pour traiter cette thématique, les enseignants peuvent désormais s’appuyer sur l’existence d’un nombre croissant d’ouvrages écrits par des historiens turcs et l’ouverture des archives de l’Empire ottoman qui permet de présenter aux élèves des photos ou des documents ayant valeur de preuve.

« Quand le programme de 3e a été mis en application, le rectorat a été inondé de courriers demandant que ce chapitre ne soit pas abordé et que les manuels soient expurgés mais depuis, on n’a plus aucun retour, les choses se sont apaisées », confirme Catherine Vercueil, inspectrice dans l’académie de Lyon.

Mais pour Sophie Ferhadjian, l’absence de « remontées » du terrain ne signifie pas l’absence de problème.

Et de citer les cas des manuels turcs utilisés dans les ELCO (« Enseignements de Langue et de Culture d’Origine » à destination d’élèves désireux d’apprendre la langue de leurs parents) ou de certains manuels français se contentant de parler de « massacres inter-religieux ».

Plus grave à ses yeux: « il semble que les problèmes remontent de moins en moins, et c’est vrai aussi de la Shoah, parce qu’on est passé de la négation pure  « ça n’a pas existé » à une remise en cause plus subtile des faits ».

« Ce qui est remis en cause, c’est le statut même du fait d’histoire », qui devient « une opinion dont on peut discuter », poursuit l’historienne, dressant un parallèle entre ce nouveau négationnisme « soft » et le succès des théories complotistes après les attentats contre Charlie Hebdo.

Pourtant, en Turquie même, la reconnaissance du génocide progresse, comme en témoigne l’enquête récente de la Fondation pour l’innovation politique en partenariat avec la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, réalisée auprès de jeunes de 16 à 29 ans dans 31 pays. Ainsi, 33% des jeunes Turcs interrogés en août 2014 qualifiaient de « génocide » le massacre des Arméniens, contre 82% dans l’Union européenne et 93% en France.

Mais en France, la diaspora turque est « crispée dans un nationalisme primitif » et a tendance à considérer ce combat pour la reconnaissance du génocide arménien comme du racisme anti-turc, estime Séta Papazian, présidente du Collectif Van (Vigilance arménienne contre le négationnisme). »

 

 

Les judéo-espagnols: mémoire et avenir

A l’occasion de la 2e édition de l’université judéo-espagnole, qui a eu lieu à Paris du 7 au 12 juillet avec le soutien de la fondation pour la Mémoire de la Shoah, nous recevons aujourd’hui François Azar, vice-président de l’association Aki Estamos et Janine Gerson, auteure de Bella, itinéraire mémoriel  paru chez Edilivre

BellaCe livre retrace  l’itinéraire mémoriel de Marianne, enfant cachée, pendant la guerre qui décide, à l’aube de la cinquantaine, d’interroger sa mère Bella, qui vit dans une maison de retraite, sur ses origines juives de Salonique et qui va petit à petit renouer avec une histoire, avec une culture, celle des judéo-espagnols.

Jeanine Gerson était intervenante lors d’une des conférences de l’Université d’été judéo-espagnole, une table ronde consacrée aux écritures autobiographiques.

Université d’été judéo-espagnoleDu dimanche 7 au vendredi 12 juillet 2013

Organisée par l’association l’Aki Estamos-AALS et l’Alliance israélite universelle

Centre Alliance Edmond J. Safra
6 bis, rue Michel Ange
75016 Paris

Programme (pdf)

Plus d’information sur le site de l’université d’été : www.ueje.org

Cette manifestation a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Juifs en pays arabes

Comment en 25 ans, en l’espace d’une génération, tout un monde, toute une civilisation bimillénaire voire trimillénaire, a pu disparaître, sans laisser de traces dans les manuels scolaires, sans laisser beaucoup de traces si ce n’est dans les mémoires familiales? C’est la question importante qu’étudie l’historien Georges Bensoussan, notre invité cette semaine, à l’occasion de la parution de son dernier livre aux éditions Tallandier, Juifs en pays arabes, le grand déracinement 1850-1975.


Dans cet ouvrage, l’historien Georges Bensoussan cherche à comprendre comment les communautés juives d’Afrique du Nord, du Proche et du Moyen-Orient – communautés parfois très anciennes – ont été contraintes de quitter leur pays après la Seconde Guerre mondiale. Il entend se détacher des lectures passionnelles et des partis pris idéologiques pour explorer les racines d’un exode qui ne fut pas le seul fait du conflit israélo-arabe.

Sous l’effet de la colonisation européenne, les Juifs des pays arabes, majoritairement séfarades, ont accédé à une forme de modernité culturelle, parfois à un réel développement économique, et se sont affranchis de l’ancestral statut de dhimmis.

Depuis les années 1920, la naissance de l’anticolonialisme arabe a structuré le destin des minorités juives prises malgré elles dans le conflit colonisé-colonisateur. La situation en Palestine et la collusion de certains leaders arabes avec les pays de l’Axe ont fini de dissoudre les ultimes liens qu’une longue cohabitation avait jadis établis.

Lors du reflux des puissances européennes, de nombreux Juifs furent ainsi contraints de partir après avoir subi humiliations et spoliations. Dans certains cas, ces phénomènes se sont accompagnés de violences physiques.

Du Maroc en Égypte, de la Libye au Yémen comme en Irak et en Tunisie, des centaines de milliers de Juifs ont ainsi dû quitter les pays arabo-musulmans en moins de 25 ans.

L’histoire dramatique de ces Juifs fut par la suite occultée, éclipsée par la prédominance d’un judaïsme ashkénaze lui-même recouvert par l’ombre immense de la Shoah.

S’appuyant sur des archives de l’Alliance israélite universelle, des documents diplomatiques français, des archives israéliennes et d’autres fonds épars du CDJC et de l’OSE, Georges Bensoussan a voulu envisager dans toute son épaisseur le déracinement des Juifs vivant dans les pays arabes.

Historien et responsable éditorial au Mémorial de la Shoah (Paris), Georges Bensoussan est l’auteur de Un nom impérissable ? Israël, le sionisme et la destruction des Juifs d’Europe (Seuil, 2008), Europe. Une passion génocidaire (Mille et une nuits, 2006), Une histoire intellectuelle et politique du sionisme (Fayard, 2002). Il a également co-dirigé le Dictionnaire de la Shoah (Larousse, 2009).

Cet ouvrage a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

- Commander le livre auprès de la librairie du Mémorial de la Shoah.